Mémoires imaginaires de Nathalie de Laborde

Écrire l'histoire autrement. Tel est le pari de Raymonde Autier. En se mettant dans la peau de Natalie de Laborde, fille du banquier du Roi et seigneur de Méréville, elle écrit son histoire à la première personne. Mais il ne s'agit pas du tout d'une fiction car ce récit est solidement appuyé sur des sources fiables : archives, récits des contemporains ont permis une reconstitution fidèle des faits. L'intérêt de cette démarche est clair. Elle permet au lecteur de se mettre à son tour dans la peau de Natalie. Bonne lecture !

Jean-Pierre Durand

Natalie, Luce, Léontine, Joséphine de Laborde, comtesse de Noailles, Duchesse de Mouchy, la personne à qui je vais prêter ma plume n’appartient pas à l’Histoire. Elle n’a joué aucun rôle politique, littéraire ou artistique. Elle n’a laissé aucun journal intime et nous avons peu de portraits d’elle : Une belle statue en pied avec, en médaillon, le profil de son père, exécutée par Pajou en 1792 destinée au Temple de la Piété Filiale à Méréville, un buste en terre cuite acheté par le Louvre en 1991, une gravure par Dutailly en 1804 qui la présente en costume de chasse. Elle figure aussi dans le dictionnaire des artistes français comme aquarelliste mais ses œuvres sont conservées dans des collections privées. Au-delà des actes officiels, nous pouvons la connaître à travers les souvenirs, les récits et les Mémoires de nombreux personnages de son temps qui l’ont évoquée, admirée, plainte ou critiquée sans concessions. Ce sont des témoignages authentiques qui n’étaient pas destinés à la publication.
Fille cadette du banquier de la cour de Louis XV, Jean-Joseph de Laborde, peut-être l’homme le plus riche d’Europe, Natalie avait, à sa naissance, tous les atouts qui assurent le bonheur. Mais la Révolution anéantira les promesses des fées réunies autour de son berceau. L’histoire de son temps cependant n’explique pas entièrement l’histoire de sa vie : Une vie agitée qu’elle semble avoir subi souvent en contradiction avec sa recherche d’absolu et de perfection. A sa mort en son hôtel particulier, rue du Rocher à Paris le 23 décembre 1835, la France venait de connaître toutes les formes de gouvernement avec la Monarchie constitutionnelle, La République, la Terreur, l’Empire, la Restauration. Elle avait subi deux révolutions et une quantité de journées d’émeutes. Cinquante années d’instabilité politique peu faites pour tranquilliser une femme placée par sa situation sociale au cœur des évènements, une femme qui avait connu à vingt ans les prisons de la Terreur et vu son père et une grande partie de sa famille et de ses proches subir la guillotine. Le texte qui suit est un récit imaginaire après des recherches historiques sur sa vie et son temps.

Je rencontrai Natalie de Laborde pour la première fois dans un ouvrage que Jean d’Ormesson venait de publier et qui s’intitule Mon dernier rêve sera pour vous, sous-titré une biographie sentimentale de Chateaubriand. Au milieu de toutes les séductrices que Chateaubriand avait connues et aimées, Natalie la mystérieuse traverse les Mémoires d’Outre-Tombe comme un secret qu’il brûle de confier. Il s’en délivrera en la faisant revivre sous les traits de Bianca dans le Dernier Abencérage et de Velléda dans Les Martyrs.
J’habite Méréville où Natalie a vécu et laissé sa signature sur les registres de la paroisse. Curieuse de ce destin exceptionnel et tragique, j’entrepris des recherches aux archives, lus les Mémoires, les souvenirs, les lettres de ses contemporains et la retrouvai dans beaucoup de lieux que cette impatiente voyageuse avait fréquentés. Un jour, délaissant les fiches, je pris mon stylo et, me mettant à sa place, j’écrivis ses mémoires.

Raymonde Autier

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